Michel Perrin - Mes maquettes    :    Persée

Annexe

«La grande pêche de la morue à Terre-Neuve»
Adolphe Bellet (Ed.1901)

(Chapitre IX) «L'assistance aux Marins-pêcheurs»

Dans cette page

Un métier dur et dangereux
La société des «Oeuvres de Mer»
Les Société de secours
Orphelinat et autres maisons
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Un métier dur et dangereux

p.259-260     «Parmi tous ceux qui livrent chaque jour le rude combat de la vie, nul au monde n'est plus déshérité que le marin et surtout le marin de Terre-Neuve.
       «Ce qu'il y a de plus dur dans le métier de pêcheur de morue, ce n'est pas le travail pénible, quelquefois excessif surtout quand, par une mer houleuse, il descend dans sa frêle doris pour aller lever les lignes, décrocher le poisson et lutter contre le vent, les courants et les lames pour rentrer à son bord ! Quand on le voit soucieux, taciturne, les yeux fixés sur l'épais rideau de brume qui l'enserre à l'étouffer, il ne pense pas aux dangers que lui font courir et les glaces flottantes, que le courant polaire pousse silencieusement vers le sud, balayant tout sur leur passage, et le grand paquebot dont on commence à entendre la sinistre sirène et qui va passer rapide comme une flèche, sans se soucier du modeste voilier qui, retenu au fond par sa chaîne ne peut rien pour faire pour l'éviter.
       «Mais il craint la maladie. Il frissone à la pensée qu'il peut tomber malade loin des siens, privé des soins dévoués et intelligents d'une mère ou d'une soeur, et dans l'impossibilité de faire appel aux lumières d'un patricien ...
       «Non certes, la vie du marin terre-neuvier n'a rien d'attrayant ; c'est le travail acharné pour arracher à la mer les richesses qu'elle ne veut pas livrer, c'est la souffrance physique alliée aux tortures morales. Si rien d'anormal ne se produit à son bord, il restera pendant six mois entre le ciel et l'onde, Allant de çà et là, suivant les caprices de la morue, se levant avant le jour, se couchant après lui, ne reconnaissant de repos que les jours de tmpête, ne recevant aucune nouvelle du pays et n'en pouvant envoyer qu'accidentellement quand vient à passer un long courrier compatissant qui consent à s'en charger.
       «Ainsi, quand, par malheur, une maladie contagieuse vient à atteindre l'un de ces hommes, la démoralisation ne tarde pas à se mettre parmi eux, et le capitaine, malgré sa bonne volonté, malgré les ressources que lui offre le coffre à médicaments, n'a plus qu'à relever pour aller à saint-Pierre ... Mais le voyage est souvent long et plus d'un sont morts avant d'arriver ...
       «Ils sont ainsi dix mille marins français sur les Bancs de Terre-Neuve auxquels il faut ajouter les cinq mille Islandais dont le sort est pareil.
La société des «Oeuvres de Mer»

p.260     «Il n'était pas admissible dans un pays comme la France, qu'on se désintéressât ainsi de ces déshérités du sort et, puisque l'expérience avait condanmé les anciens chirurgiens que Colbert avait essayé d'introduire, il appartenait, sinon au gouvernement, tout au moins aux classes aisées de notre pays, de leur procurer l'assistance médicale sur les lieux même de pêche. C'est dans ce but que s'est fondée en 1895, sous la présidence de M. le vice-amiral Lafont, la société dite des «Oeuvres de Mer».
p.262     «Son but est d'envoyer sur les lieux de pêche, c'est à dire à Terre-Neuve comme en Islande, des navires hôpitaux, chargés de visiter, dans des croisières dont l'itinéraire est fixé d'avance, tous les navires pêcheurs qui réclament son assistance, de donner aux malades et aux blessés tous les soins, et de prendre à leur bord, pour les transporter à l'hopital de Saint-Pierre ou de Rieikiacik, ceux, plus gravement atteints, qui ne pourraient sans danger être laissés aus soins des capitaines et patrons de pêche. En outre, ils portent à nos marins les lettres qui leurs sont adressées de France et ils se chargent de celles que les pêcheurs veulent envoyer à leurs familles ...
p.264     « Le premier de ces navires hôpitaux, le Saint-Pierre, était lancé en 1896. Les premiers bateaux-hôpitaux étaient de fins voiliers, excellents marcheurs, mais n'en étaient pas moins soumis aux caprices des vents. La Société a fait construire, l'an dernier, un navire mixte, le Saint-François d'Assises, qui partait en avril 1901 de Saint-Servant pour nos pêcheries d'Amérique.
Navire hopital Sainte Jeanne-d'Arc (S)
Les Société de secours

p.265     «Sur plusieurs points du littoral, et notamment à Dunkerque et à Fécamp, il s'était fondé, il y quinze ou vingt ans, des sociétés de secours qui, si elles ne pouvaient assister les marins sur les lieux de pêche, les indemnisaient des chômages auxquels ils pouvaient être condamnés par suite d'accidents survenus en mer ou de maladies contractées pendant la campagne. Les veuves et les orphelins étaient également soutenus par elles.
p.266-269     Suivent les articles statutaires qui précisent les détails
-   des indemnités versées aux épouses et enfants en cas de décés du marin-pêcheur,
-   des indemnités de chômage suite aux accidents de campagne,
-   du mode de financement ; 1% du salaire des marins, cotisations des armateurs, dons de particuliers, subventions annuelles du Conseil général, du Syndicat des armateurs, du Ministère.
p.270     Selon le bilan de la caisse de Fécamp pour l'année 1900 :
«On voit que, grâce au grand nombre des adhérents, les seules cotisations des armateurs et des marins participants auraient presque suffi à couvrir les allocations; mais il est des années plus malheureuses encore que 1900, quoique 31 familles aient déjà eu à déplorer la perte d'un des leurs.
«Si l'on songe que le seul port de Fécamp envoie à la pêche plus de 3.000 marins dont 2.787 faisaient partie en 1900 de la Caisse de secours, la proportion des sinistres n'est que de 1%, chiffre relativement satisfaisant.
p.271     «Mais quand un navire de 30 à 36 hommes est perdu corps et biens, le nombre des assités est aussitôt doublé, et les allocations dues par la Caisse passent bientôt de 20.000 à 40.000 francs. C'est alors que les administrateurs s'adressent à la générosité du public ainsi qu'à la bienveillance du gouvernement ...
Orphelinat et autres Maisons

p.271     «A Fécamp, l'oeuvre de la Caisse de secours est complétée par un Orphelinat ouvert en faveur des enfants de marins morts à la mer et qui reçoit les jeunes orphelins jusqu'à l'âge de douze ans.
«D'autres ports ont créé des Maisons du Marin à la fois hôtels, bureaux de placement et lieux de réunion, où le marin qui attend un embarquement loin de sa famille peut se procurer à peu de frais le logement, la nourriture et des distractions honnêtes sans crainte d'être exploité ...
p.273     «Saint-Pierre possède une Maison du Marin fondée par les Oeuvres de mer et où les équipages des navires relâcheurs, ainsi que les convalescents qui y ont été amenés par les navires-hôpitaux peuvent se réunir et passer leur temps à jouer ou lire les journeaux. On cherche en effet, par tous les moyens possibles, à faire acquérir à nos marins le goût des lectures ... Il existe à Fécamp une Bibliothèque du Marins.
p.273-...     «Trois autres institutions ont été créées en ces dernières années par la Chambre de commerce de Fécamp : L'Ecole d'hydrographie, l'Ecole des pêches maritimes et le Musée industriel des pêches et du commerce maritimes.
Note : ce musée a été créé en 1899 par l'auteur de ce livre.

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