Michel Perrin - Mes maquettes    :    Persée

Annexe

«La grande pêche de la morue à Terre-Neuve»
d'Adolphe Bellet (Ed.1901)

Chapitre III : «La pêche à la côte de Terre-Neuve»

«depuis la découverte par les Basques français jusqu'à nos jours»

Dans cette page

XVI et XVIIème siècles : Une activité morutière soutenue
1713 - French-Shore
1719 - La flotte française
1744 - Dégradation de nos conditions de pêche
1783 - La pêche à la côte
1793 - Nouveaux troubles et nouveaux règlements
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XVI et XVIIème siècles : Une activité morutière soutenue

Chapitre III     p.50     «La pêche à la côte fut la seule pratiquée à l'origine par les Basques qui commençaient, en arrivant dans ces parages par mettre leurs navires à l'abri dans une des nombreuses rades que présentent les côtes si découpées de Terre-Neuve et du Cap Breton. Puis, quand leur bateau était en sûreté, une partie de l'équipage descendait dans les chaloupes pour pêcher avec des filets dans la rade choisie, tandis que l'autre partie, descendue à terre, préparait le poisson rapporté par les pêcheurs.

«Dès le commencement du XVIème siècle, les Normands, les Bretons, les Rochelois, les Bordelais, les Olonnois suivirent l'exemple des Biscayens, armèrent pour Terre-Neuve et les autres îles et côtes nous appartenant dans le golfe du Saint-Laurent.

Règlementation
Le nombre important de navires arrivant sur les côtes provoqua très tôt des querelles relatives au choix des meilleures places d'ancrage des bateaux et de zone pêche, si bien que divers règlements durent être mis progressivement en place.
[1640]    p.51   AU Parlement de Rennnes (Confirmation d'un premier règlement négocié à Saint-Malo)
«Ce règlement portait en substance que celui des maîtres de navires qui arriverait et jetterait l'ancre le premier dans le «Havre du Petit-Maître» deumeurerait amiral de la pêche, lequel, pour signal, mettrait l'enseigne sur son mât ...
[1671]    p.52   Le roi confirme l'arrêt de Rennes.
[1681]    p.52   Colbert confirme et généralise le règlement de 1640.

Les passeports
[Sous Louis XV]    p.53    «Pendant les longues années de paix maritime dont la France avait joui au cours du XVIème siècle, la liberté absolue avait été laissée aux armateurs ... ils pouvaient quitter leur port d'embarquemlent et y rentrer quand bon leur semblait ...
«La guerre venue, les dangers que couraient les marins d'être attaqués par les ennemis dans ces parages éloignés ou dans les voyages d'aller et retour, forcèrent les gouvernements à prendre des mesures de protection. Les capitaines ... furent obligés de payer 3 livres par tonneau de jauge entre les mains du trésorier général de la marine ...
1713 - French-Shore

[1713]    p.54-55    «Quand vinrent les traités d'Utrecht, la France ne conserva plus de ses immenses et riches pêcheries d'Amérique que le droit de pêcher, d'élever des échafauds et des cabanes temporaires pour y préparer, saler et sécher le poisson pendant la saison de pêche sur les côtes de Terre-Neuve du «French-shore» (S) .
«dès lors ces derniers (les Anglais) ... firent à nos pêcheries une concurrence acharnée et très souvent déloyale.
1719 - La flotte française

[1719]    p.55    «Pourtant, vers 1719, il partait ordinairement de France ... deux flottes d'environ 250 voiles chacune; la première quittait les ports français au commencement de janvier, et la seconde au courant du mois de mars ; cela constituait un ensemble de 500 bâtiments français dont les principaux ports d'armement étaient Rouen, Dieppe, Fécamp, Le Havre, Honfleur, Granville, Saint-Malo, Nantes, La Rochelle, Les Sables d'Olonne, Bordeaux et Bayonne.
1744 - Dégradation de nos conditions de pêche

[1744-1763]    p.56    «Tout alla tant bien que mal jusqu'en 1744 : mais les hostilités recommencèrent ouvertement avec l'Angleterre ...
«Les choses étaient à peine remises en état qu'éclata la guerre de sept ans (1756-1763) (w)> terminée par le désastreux traité de Paris en 1763.

Après la guerre de sept ans : le traité de Paris
[1763]    p.56    «Les hostilités ayant cessées ... les capitaines ne peuvent faire la pêche qu'à trois lieues de toutes les côtes appartenant à la Grande Bretagne, soit du continent, soit des îles du golfe du Saint-Laurent ...
Ils peuvent aller à Saint-Pierre et Miquelon qui venait de nous être rendu.
p.59    «Mais chaque année les vexations se renouvelaient de la part des Anglais chez qui le goût de la pêche de la morue se développait avec une rapidité extrordinaire et inquiétante pour l'avenir de notre industrie.
[1763]    En réaction, et pour encourager nos équipages, des gratifications furent allouées à ceux qui allèrent sur nos havres de Toulinguet et Grindespagne occupés par les Anglais (500, 750, 1000 livres selon le tonnage et l'importance de l'équipage).
p.60    «Tous ces efforts ne purent ramener le résultat qu'on en espérait et malgré leur bon droit, nos pêcheurs reculèrent devant l'intrusion Anglaise ... La tranquilité ne régnait plus sur les autres parties de la côte ...

Guerre d'indépendance américaine
[1775-1783]    p.64    «La lutte que les colonies anglaises de l'Amérique du Nord entamèrent en 1775 contre la métropole et qui se termina en 1783 par l'indépendance des Etats-Unis, eut pour conséquence de suspendre chez nous tout armement de pêche pour la côte de Terre-Neuve dont les eaux étaient parcourues en tous sens par les croiseurs anglais.
«La guerre fut d'ailleurs déclarée effectivement le 24 mai 1778 et l'Angleterre s'empara de Saint-Pierre et Miquelon pour nous priver de la seule station qui nous restait dans ces mers et d'où elle expulsa toutes les familles françaises qui s'y étaient fixées à la faveur de la paix ...
p.65    «Il s'en suivit une suspension complète des armements pour la pêche sédentaire avec sécheries, et cette suspension dura près de dix ans.
«Les pêcheurs anglais profitèrent de cet état de choses pour s'emparer des meilleurs cantonnements du littoral précédemment exploités par les Français et se fortifier en s'y établissant à demeure avec leurs famiulles ...
«Mais cette fois l'Angleterre fut battue ...
«On eût pu croire que la France qui avait contribué si fort au succès de la guerre retirerait, au moins en échange des 733 millions dont elle s'était endettée à cette occasion, des avantages sérieux pour ses pêcheries d'Amérique. Ce fut le contraire qui arriva. «Les îlots de Saint-pierre et Miquelon nous furent restitués, c'est vrai ; mais il ne restait plus rien de nos anciens établissements.
«Quant au "French-Shore" de Terre-Neuve ... l'Angleterre sut garder pour ses nationaux les meilleures plages et nous laissa que les baies les plus ingrates ...
p.67    De fait, nos pêcheurs y gagnèrent une plus grande sécurité pour exploiter les havres qui nous restaient et où ils trouvaient encore plus d'espace qu'il ne leur en fallait pour pêcher et sécher tout à leur aise.
1783 - La pêche à la côte

[1783]    p.67-68    «Chaque année, les navires bretons et granvillais, les seuls pour ainsi dire qui aient conservé entière la tradition de la pêche à la côte ... quittaient leur port d'armement dès le mois de février et mars.

Les équipages
Leur équipage était composé :
  • mi-partie de marins destinés à la manoeuvre du bâtiment et des embarcations, ainsi qu'à la pêche proprement dite, et
  • mi-partie de graviers, ouvriers absolument értrangers à la marine et dont la destination était le nettoyage des graves, la réparation et l'entretien des echafauds et des cabannes et la préparation à terre du poisson pêché par les marins.
«Cette répartition ... explique pourquoi les les navires armés pour la pêche à la côte présentent, à égalité de tonnage, des équipages généralement doubles de ceux des navires qui arment uniquement pour la pêche au Banc.

p.69-70    Arrivé à destination, tout l'équipage procède à l'aménagement de l'établissement ... :
  • L'échafaud (ou chaufaud) ... plateforme en planches supporté par des poteaux et qui s'avance en mer pour faciliter le débarquement du poisson ; côté grève, il est surmonté d'un hangar.
  • Les cabannes en bois servant d'abri à l'équipage et de remise au poisson préparé.
  • La grève, parfois remplacée par des claies en bois placées horizontalement sur des piquets élevés de deux à trois pieds au-dessus du sol.
«A part la grave que nos ennemis n'avaient pu ni emporter ni détruire, il y avait chaque année un établissement complet à reconstituer avant de commencer sa pêche.

Travail du poisson
p.71-73    «Le poisson rapporté chaque jour par les chaloupes pêchant soit à la ligne soit au filet, était aussitôt livré aux ouvriers restés à terre et qui s'occupaient de sa préparation pour le transformer en morue sèche.
Les grands traits de cette préparation s'appelaient des «Soleils» :
  • 1er soliel : «On étendait les morues sur les graves ou les vignot, après les avoir étestés, fendues, vidées, désossées et convenablement lavées et on les laissait ainsi toute la journée, la chaire en dessus.
  • 2ème soliel : «Ces poissons étaient de nouveau étendus les uns à côté des autres et recevaient le «deuxième soleil» jusqu'à midi ; on les rassemblait alors trois par trois.
  • 3ème soliel : «Le troisème jour, une nouvelle exposition à l'air se prolongeait jusqu'au soir, puis on rassemblait ses morues par tas de huit, appelés «javelles».
  • 4ème soliel : «le 4ème soleil ressemblait au précédent,
  • 5ème soliel : «puis le cinquième à la suite duquel on rassemblait les morues en tas plus gros appelés «moutons».
  • 6ème soliel : «Après le 6ème soleil, les tas formaient des piles d'environ 50 quintaux métriques qu'on appelai «meulons» ; ces piles restaient ainsi de dix à douze jours sans être touchées.
  • 7ème soliel : «Au bout de ce temps, on étendait à nouveau les morues sur la grave pour refaire les piles de manière à placer sur le dessus les morues les moins sèches.
  • 8ème soliel : «On recommençait la même opération d'étendage et rémpilage au bout de quinze jours ...
  • 9ème soliel : «puis on recommençait un mois après ...
  • 10ème soliel : «enfin quarante jours plus tard. Les dernières piles restaient ainsi exposées à l'air pendant cinquante ou soixante jours sans être touchées à nouveau.
1793 - Nouveaux troubles et nouveaux règlements

[1793-1802]    p.73    «L'année 1793 ouvre une nouvelle ère d'hostilités entre la France et l'Angleterre qui s'empresse de mettre la main sur Saint-Pierre et Miquelon qu'elle occupe pendant neuf ans, empêchant ainsi toute industrie française sur les côtes de Terre-Neuve.
[1802]    p.73    «Le Traité d'Amiens, 25 mars 1802, (w) (s) nous rend nos pêcheries (pour trois mois seulement).
«Le 28 Juillet 1802 (9 Termidor an X), le ministre prescrit aux armateurs des ports de Saint-Malo, Saint-Brieuc, Granville de se réunir à Saint-Malo pour délibérer. Mais, la rupture de la paix d'Amiens, arrivée trois mois après, empêcha que la nouvelle législation reçut son exécution, les Anglais ayant de nouveau mis la main sur Saint-Pierre et Miquelon.
[1815]    p.74    «Ce fut seulement en 1815 que la France fut remise définitivement en possession de sa colonie de Saint-Pierre et Miquelon et de ses pêcheries de la côte de Terre-Neuve.
p.76    Règlements de 1815, 1821, 1842, 1852 :
Engins «Comme autrefois, la pêche à la morue dans les havres et baies de Terre-Neuve se pratique soit au moyen de filets, soit au moyen de lignes.
- Le filet est la seine (filet flottant lesté), mailles 48mm entre noeuds au carré ...
- La ligne ou «harouelle» (w) «Aucun règlement ne s'est occupé jusqu'à ce jour de la longueur ou de la disposition de ces engins.
Armements «on les divise en trois catégories suivant les manières dont ils pratiquent la pêche
- Les côtiers,
- Les armements doubles : à la côte et sur le Grand-Banc ou l'un des Banqueraux,
- Les «banquais avec sécherie» sont les bâtiments qui font la pêche entière sur le Grand-Banc ou l'un des Banquereaux et ne vont à la côte que pour faire sécher les produits de leur pêche.

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