Michel Perrin - Mes maquettes    :    Persée

Annexe

«La grande pêche de la morue à Terre-Neuve»
Adolphe Bellet (Ed.1901)

(Chapitre VI) «La pêche au Banc pendant le XIXème siècle»

Dans cette page

Napoléon puis Louis XVIII
Reprise timide
Sècheries de Sète et Bordeaux
La confiance revient
Pêche et Commerce
Amélioration des techniques de pêche
L'engagement à la part
Extraits du Règlement de 1819
Pénurie d'effectif de qualifié
Assouplissement de la règlementation
Les bateaux utilisés aux différentes époques
Les améliorations de la fin du XIXème sècle
Que réserve l'avenir ? La Vapeur ?
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Napoléon puis Louis XVIII

p.139    «Les traités de 1814 et 1815, si désatreux qu'ils aient été pour la France, avaient au moins l'avantage de rétablir la liberté et la sécurité des mers, comme de faire entrer dans leurs foyers tous les marins valides dont les uns - c'était le plus grand nombre - étaient retenus prisonniers en Angleterre, et les autres levés pour le service de l'Etat :
«De toutes parts, les armements se préparent avec une activité fiévreuse. Le Gouvernement, d'ailleurs, semble prendre en main la cause de nos pêcheurs et particulièremenr ceux qui vont chercher la morue à Terre-Neuve.
p.140    «La France n'avait pas encore repris les possessions de Saint-Pierre-et-Miquelon, ni ses pêcheries de Terre-Neuve qui lui avaient été rétrocédees par les traités, de sorte que nos nationaux ne pouvaient compter sur aucun secours en cas de manque de vivre et d'approvisionnement en sel ou d'avaries dans ces parages si éloignés de la métropole ...
[1815 (Les Cent-jours)] p.141    «Sur ces entrefaits, Napoléon rentrait en France et Louis XVIII se réfugiait à Gand, de sorte que les expéditions préparées pour Terre-Neuve n'eurent pas lieu cette année là ...
[1815 (8 juillet)]    p.144    «Le 8 Juillet 1815, Louis XVIII rentrait à Paris, replacé sur le trône par nos amis ictorieux et la paix était rétablie de nouveau. Elle fut durable cette fois, et les armateurs s'empressèrent de la mettre à Profit.
Reprise timide

[1815 (21 juillet)]    p.144    «Quelques jours après, sortait du port de Fécamp, l'«Eléonore», brick (w) de soixante tonneaux ... Puis l' «Adolphe» un autre brick de quatrevingt-quatorze tonneaux partait également de Fécamp ... tous deux rentrèrent après avoir livré leur morue à "Cette" (s'écrit "Sète" depuis 1927).
Sècheries de Sète et Bordeaux

p.144    «Avant 1793, les armateurs de Fécamp séchant peu chez eux, livraient les produits de leur pêche à Dieppe ou Honfleur qui étaient de véritables centres commerciaux comme l'étaient également Grandville et Saint-Malo.
[1816]    «Quand se produit la reprise de 1816, c'est vers "Sète" qu'ils se dirigent, suivis en cela par un grand nombre d'autres bateaux pêcheurs.
p.144-145    «Cependant, si les sêcheries de la Manche ne purent résister au nouveau courant commercial qui s'établissait ainsi et était encore favorisé, sinon entièrement causé par la facilité que trouvaient nos Terre-Neuviens à s'approvisionner de sel en Méditerranée quand leur déchargement était effectué, le marché de Bordeaux sut maintenir son importance séculaire qui s'accrut encore de la décadence des autres marchés de l'Atlantique, jusqu'à arriver à se constituer de nos jours un véritable monoplole.
La confaince revient

p.145    «Timides à l'origine, les armements ne tardèrent pas à se développer quand on eut acquis la conviction que l'on pouvait enfin pêcher en toute sécurité dans les parages de Terre-Neuve, et, dès l'année suivante, il se trouva sur le Banc presque autant de bâtiment français qu'avant la Révolution. C'étaient pour la plupart des Bricks ...
Pêche et Commerce

[1818 février]    p.145    «Molet, ministère de la Marine, autorisait les armateurs de Terre-Neuve qui voudraient se servir de leurs navires-pêcheurs comme transport de Saint-Pierre-et-Miqueleon à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Guyane et aux iIndes occidentales, à débarquer, pour être renvoyés en France, les marins qui ne seraient pas nécessaires pour la conduite du navire pendant cette campagne de long cours.
« Armés au commerce avec un équipage réduit, ces navires porteraient ainsi la morue aux colonies d'où ils pourraient revenir en France avec du fret de ces colonies.
Amélioration des techniques de pêche

p.146-148    «A mesure que les armements se développent, on constate des améliorations dans la manière d'effectuer la pêche sur le banc :
La pêche «à la faux» : variété de pêche à la main dans laquelle on n'amorce pas les haims (deux ou trois crochets bien aiguiés), en les retirant par secousses brusques, on prend le poisson qu'on pique tantôt par un endroit, tantôt par un autre.
Chaloupe et Porte-manteau Concernant La pêche dormante, apparaissent des chaloupes (une ou deux grandes chaloupes avec un foc, une misaine et un tape tape-cul) et un petit canot qu'on appelait porte-manteau. La grande chaloupe sur tribord prenait 35 pièces de ligne de 60 brasses chacune. Le porte-manteau sur babord prenait 25 pièces de ligne de 60 brasses chacune également.
[1821]    p.149    «Dès 1821, le baron Portal, ministre de la marine, dictant des mesures de précaution à prendre par les hommes montant les chaloupes, prescrivait l'emploi d'une ligne fixée par l'une de ses extrémités au bâtiment mouillé sur le banc, et qu'un homme de la chaloupe aurait filée au fur et à mesure de manière à s'assurer le retour à bord en cas de brume. Il recommandait aussi l'usage de pierriers (canons) pour faire en temps de brume, des signaux d'appels aux embarcations restées en mer et que le brouillard empêchait de retrouver le navire.
[1840]    «Vers 1840, on abandonne le porte-manteau, la pose de lignes se fait au moyen de deux chaloupes de d'égale grandeur et montées du même nombre d'hommes ... «La testure de bâbord comprenait alors trente pièces de lignes et celle de tribord quarante. ces lignes étaient mises le soir à la mer pour être relevées le lendemain matin.
[1848]    «Jusque là, on avait conservé, pour mouiller, l'usage du câble entièrement en chanvre. En 1848, on remplace le chanvre par des chaînes-cables entièrement en fer, semblables à celles qui sont encore employées aujourd'hui.
[1871]    p.152-153    Les testures atteignent 90 pièces.
[1875]    Les Doris et leur ligne     «Le seul changement important est le remplacement des lourdes chaloupes si encombrantes et si difficiles à manier, par les doris actuelles, dans lesquels seulement deux hommes peuvent prendre place, mais elles sont si légères qu'on peut les remonter, chaque soir, sur le pont, et si peu encombrantes qu'on les empile les unes dans les autres pendant les traversées d'aller et de retour.
Dans le même temps, «les anciens hameçons français en fer étamé étaient remplacés par des hameçons en acier de fabrication anglaise, norvégienne, ou française. Les grosses lignes devinrent plus fines, et le coton employé au lieu du chanvre.

Les avances eu 1743
Equipage Avance
en
Livres
Le capitaine 150
Le pilote 90
Le maître 80
Le chirurgien 80
Chaque officier 75
Chaque matelot 60
Chaque novice 30
Chaque mousse 15
L'engagement à la part

[1743]    p.153-154    «A l'origine et jusqu'en 1743, les conditions d'engagement pouvaient varier suivant les navires, mais s'écartaient très peu de celles relevées sur un contrant de 1728 : Les quatre cinqièmes du produit de la vente du poisson revenaient à l'armateur qui avait fourni le navire complètement gréé et avitaillé pour la saison de pêche. le cinqième restant appartenait à l'équipage qui se le partageait. Avant le départ chaque homme recevait de l'armateur des avances ... retenues à l'arrivée, sur la part des bénéfices afférente à chacun.
p.154-155    «Le 27 mars 1743, une assemblée générale des intéressés eut lieu, avec la permission du roi, sous la présidence de Ch. Le Tourneur, commissaire des classes marines ... Les intérêts respectifs des parties furent respectés et défendus à cette réunion, ... et une entente définitive s'établit sur les bases qui ne différaient pas sensiblement des conditions ennoncées plus haut. Cette règlementation fut religieusement respectée pendant toute la fin de l'ancien régime et même à la reprise des opérations de pêche, en 1815. Elle n'eut jamais un caractère d'obligation absolue ... Cependant, l'usage une fois établi, personne ne songea à profiter de la faculté de déroger.
Extraits du Règlement de 1819 adopté à Dieppe, Fécamp et Saint-Valery-en-Caux

[1819]    p.156-158    «Art 2 Avaries communes : Le sel sel nécessaire étant empbarqué à bord du navire, ... les frais de sortie et les pertes d'ustensiles de pêche, cables, ancres, canots, avirons et autres objets dépendant de l'armement, seront considérés comme avaries communes, ainsi que celles arrivées au gréement et au corps du navire ;
Les avances en 1819
Equipage Avance
en
Francs
Au capitaine 300
+ 100 pour peines et soins à l'armement
Au second 120 s'il n'est pas saleur
140 s'il est aussi saleur
Au saleur 100
A chaque matelot 80
A chaque novice 3/4 60
A chaque novice 2/3 654
A chaque mousse 40

Il en sera de même pour les frais de relâche, postérieurs à l'embarquement du sel.
«Art 3 : Les avances seront consenties entre l'armateur, le capitaine et l'équipage et portées sur le rôle. Elles seront regardées comme pot-de-vin sans répétition sur le produit du voyage.
«Art 5 : Il sera alloué les pratiques suivantes à titre d'encouragemetn :
   - Au capitaine : un tiers du produit des huiles, d'un baril de langues ...
   - Au second : la moitié des pratiques allouées au capitaine ...
«Art 6 : Seront réputés avaries communes, les barillages qui auront servi à contenir les produits de la pêche ...
«Art 9 : Le navire arrivé à son port de désarmement, les frais de dégréement et la mise d'icelui en magasin seront au compte de la communauté ... (avaries communes)
«Art 10 : Après déduction de toutes les avaries y compris ... le surplus du produit net sera partagé par cinqièmes dont quatre pour l'armateur et un pour l'équipage lequel sera divisé en autant de lots qu'il y aura de têtes à bord, plus un lot pour le capitaine.
Pénurie d'effectif de qualifié après les guerres de l'Empire

p.159    «Non seulement les matelots faisaient défaut, mais encore il était fort difficile de trouver les capitaines au long cours que la loi exigeait pour le commandement des navires se rendant sur les bancs de Terre-Neuve ; Il y avait en effet, pénurie de ces officiers. Pendant toute la durée des guerres de l'Empire, les inscrits maritimes valides avaient été levés dès l'âge de 16 ans, et très peu d'entre eux avaient pu suivre les cours d'hydrographie assez longtemps pour se faire recevoir.
«Puis, et c'est là le point principal, les commandants des navires ne doivent pas seulement faire preuve de connaissances nautiques nécessaires pour pouvoir diriger le navire, assurer la sécurité des équipages en mer, ... ils doivent encore posséder des connaissances spéciales en matière de pêche et de préparation des produits de cette pêche, une pratique suffisante de ce genre d'opérations qui leur permette de devenir sur le Banc, non plus des officiers de marine marchande, mais bien des véritables chefs d'exploitation auxquels l'armateur, leur commettant, puisse confier en toute sécurité un capital d'une centaine de mille francs qu'ils doivent faire fructifier par une bonne pêche.
Assouplissement de la règlementation

[1836]    p.160    «C'est ce que les armateurs exposèrent au Ministre de la Marine, en lui demandant d'être autorisés à confier le commandement de leurs navires à des maîtres au cabotage dont les connaissances en navigation sont suffisantes pour faire le voyage au Banc, où ils sont allés chaque année depuis leur plus jeune âge.
«La Loi du 21 juin 1836 vînt donner gain de cause aux armateurs en autorisant les maîtres au cabotage à commander tous les navires armés pour la pêche à la morue, soit au Banc, soit à la côte de Terre-Neuve.
Les bateaux utilisés aux différentes époques

p.161    «Depuis les baleiniers qui ne présentaient plus assez de sécurité, jusqu'aux harenguiers qu'on radoubait ... on pourrait dire que tous les types connus y passèrent. Il en est cependant quelsques-uns qui furent plus spécialement adoptés par les armateurs :
-   Les Caravelles
-   Les Dogres (espèce de goélette sans voiles hautes)
-   Les Brigantins à partir de la fin du XVIIIème
-   Les Trois-mâts barque (le Jacques de Fécamp)
-   Les Goélettes
   Depuis la Révolution, les armements métropolitains ont abandonné successivement tous ces petits bateaux pour ne plus envoyer aujourd'hui sur le Banc que de grands navires :

-   Bricks, (w)
-   Bricks-goélettes, (w)
-   Trois-mâts, (w)
-   Trois-mâts goëlettes, (w)
-   Trois-mats carré, (w)
-   Goëlette (w)
Les améliorations de la fin du XIXème sècle

p.170    « Au point de vue de l'alimentation, les caisses à eau dont tous nos terre-neuvriers sont aujourd'hui pourvus, assurent à l'équipage, pour toute la durée de la campagne, une eau saine et de bon goût, au lieu de l'eau saumâtre et nauséabonde qu'ils trouvaient autrefois dans ces barriques en bois ; les conserves ont également remplacé avantageusement les anciennes salaisons si souvent rances ...
«Le poste où couchent les hommes s'est agrandi et a été disposé de façon à recevoir toute l'aération exigée par une hygiene rationnelle ...
Que réserve l'avenir ? La Vapeur ?

[1875]    p.171    (Nous sommes ici à l'époque où est écrit ce livre. Adolphe Bellet imagine une suite.)
«Mais la perfection est loin d'être atteinte, et nous verrons certainement dans un avenir prochain, nos navires avoir une machine à vapeur auxiliaire qui servira à actionner les pompes, le guindeau, le siflet d'alarme, etc ... et leur donnera l'électricité qui jouera un rôle probablement important dans la pêche future, en même temps qu'elle permettra à nos navires d'avoir des feux d'une intensité assez grande pour percer la brume et signaler leur présence aux rapides steamers qui sont, pour eux, un danger continuel.
Ci-contre : Reconstitution d'un steamer de mer avec roues à aubes. (Musée Héritage Centre à Cobh, Irlande).

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