Michel Perrin - Mes maquettes    :    Persée

Annexe

«La grande pêche de la morue à Terre-Neuve»
d'Adolphe Bellet (Ed.1901)

(Chapitre IV) «La pêche sur les bancs»

Dans cette page

Les «Bancs»
Antériorité française
Pas ou peu de règlementation
Bâtiments et équipages au XVIIème siècle
La formation de l'état-major
Guerre de succession d'Autriche (1741-1748)
Aménagements de la règlementation
Pêche côtière et Pêche aux bancs
La campagne sur les bancs
Appâts pour "boetter" les lignes
Pêche errante
Pêche à la ligne «dormante» ou «de fond»
Les ports de la pêche au banc au XVIIIème siècle
Sécurité : Les phares et feux de côte
Cette page est un sous-ensemble du feuillet
« Persée »
dans le site
«Michel Perrin - Mes maquettes»

↝ ↝ Plan et Navigation dans le site ↝ ↝
Les «Bancs»

p.77    «Dans cette partie occidentale de l'Atlantique Nord, qui baigne les côtes des Etats-Unis et du Canada, le fond de la mer se relève considérablement pour former de hauts plateaux sous-marins, désignés sous le nom de Bancs, (S) sur lesquels la profondeur de l'eau varie entre 40, 60, et 80 mètres et ne dépasse pas les 100 mètres. «Le plus important de ces plateaux, véritables îles sous-marines, est situé au sud-ouest de l'île de Terre-Neuve et porte le nom de "Grand Banc". Sa plus grande longueur, du nord au sud, est d'environ 450 kilomètres; sa plus grande largeur de l'est à l'ouest est de près de 400 kilomètres.
p.78   C'est là le principal lieu de rendez-vous des Terre-neuvriers français qui font la pêche en mer.
p.79   Tout au long de ces bancs, du côté du sud, court le Gulf-Stream, cet énorme courant d'eau chaude sorti du Golfe du Mexique et qui, après avoir suivi les côtes des Etats-Unis, change brusquement de direction vers le banc de Nantuket du cap Cod pour se diriger de l'ouest à l'est vers les côtes d'Europe. Du nord descend le courant du Labrador d'eau froide qui, partant du Spitzberg et longeant le Groenland charrie les icebergs détachés des glaces polaires et qui viennent se fondre au contact des eaux équatoriales.
«De ce croisement des deux courants, dont les températures contrastent si fort, résulte pour les bancs de Terre-Neuve un état météorologique tout particulier, où les brumes les plus intenses dominent pendant l'été et durent quequefois des mois entiers, tandisque l'hiver, alors que la différence de température des deux courants est moins accusée, ces brumes sont presque inconnues. Mais alors, le Grand Banc, au moins dans sa partie septentrionale se couvre d'une immense couche de glace ...
Antériorité française

[1536]    p.81    «Il reste également hors de conteste que non seulement les Français furent les premiers à y envoyer leurs navires, mais encore qu'ils restèrent longtems les seuls à explorer ces parages.
«Chaque année, une véritable armée de bateaux pêcheurs dont le nombre et le tonnage pouvaient varier selon le degré de sécurité qu'ils rencontraient dans ces parages éloignés, quittait les ports français de la Manche et de l'Atlantique pour aller pratiquer la pêche errante.
«Les risques de guerre étaient beaucoup moins grands en pleine mer que sur le rivage et dans les baies d'où les ennemis voulaient nous chasser. Aussi l'histoire de la pêche sur le Grand-Banc est loin d'être aussi mouvementée et documentée que celle des pêcheries de la côte.
Pas ou peu de règlementation

p.83    «Si haut que nous remontions dans l'arsenal de nos lois, nous n'y trouvons pas la moindre prescription qui ait tenté de régler soit la manière de pêcher, soit les engins dont les pêcheurs se sont successivement servis.
[1681]    «L'Ordonnance de la marine d'août 1681 voulait qu'il fut embarqué un chirurgien ... C'est évidemment là qu'il faut chercher l'origine du coffre de pharmacie que chaque terre-neuvier est tenu d'embarquer ...
Bâtiments et équipages au XVIIème siècle

p.83    «Le tonnage de ces bâtiments était généralement très faible, c'est ainsi que nous trouvons un grand nombre de caravelles jaugeant de 50 à 70 tonneaux et montés par 12 hommes d'équipage. Ceux qui atteignaient 90 tonnaux étaient montés par 18 hommes y compris les mousses (1 mousse pour 10 hommes).
«Leur état-major était ainsi composé ;
      - Un capitaine au long-cours,
      - Un pilote hauturier,
      - Un maître d'équipage,
      - Un chirurgien.
La formation de l'état-major

[1629]    p.84    «Dès 1629, une ordonnance de Louis XIII avait décidé qu'une école d'hydrographie serait établie dans les principlales villes maritimes du royaume afin que le commandement des vaisseaux ne fut confié qu'à des officiers instruits ... Ordonnance sans effet.
[1681]    «L'Ordonnance de la Marine d'août 1681 reprit la même proposition.
[1745]    p.85    «En 1745, le duc de Pentièvre, amiral de France, envoya François de Boux à Fécamp pour y créer un école d'Hydrographie qui précise les programmes d'enseignements : l'abrégé de la sphère, ... l'usage des cartes, ... la division du temps, ... les courants et marées, ... la bousole, ... les instruments d'observation des astres, ... le calcul des routes, ... le journal de navigation, ...
Guerre de succession d'Autriche (1741-1748) (S) et Traité d'Aix-La-Chapelle (1748) (W)

[1744]    p.86    «M. de Maurepas (ministre de la Marine sous Louis XV) avisa les intéressés ... qu'ils ne pouvaient plus quitter les ports français à cause des risques qu'ils auraient encourus.
[1748]    p.87    «Nos négociants recommencèrent aussitôt leurs armements. A partir de cette époque, les petits bateaux se font plus rares et sont avantageusement remplacés par des navires d'une jauge dépassant les 100 tonneaux. C'est ainsi qu'en 1751, Fécamp expédiait deux bâtiments de 150 tonneaux et un de 120 tonneaux.
Les équipages s'élargissent avec : Saleur, Etesteur, contre-maître tonnelier, contre-maître charpentier ...
Mais cet équipage «comprenant notamment deux officiers reçus au long-cours et un chirugien, constituait une charge bien lourde pour l'armateur.
«Ce fut surtout contre l'obligation d'embarquer des chirurgiens que la campagne fut menée ...
Aménagements de la règlementation

[1767]    p.88    L'Ordonnance de 1767 confirme et allourdit l'ordonnance de 1681 : les équipages de plus de 50 marins doivront avoir deux chirurgiens.
[1769]    p.89-91    Propositions d'aménagement : lettres du 11 février et du 20 juin 1769 du Ministre Le Duc de Praslin.
«Une solution définitive ... autorisait les armateurs pour la pêche de la morue sur les bancs de Terre-Neuve à ne plus embarquer de chirurgiens dans les bâtiments dont les équipages n'attendraient pas 20 hommes.
Pêche côtière et Pêche aux bancs

p.93-94    «Nous avons déjà dit que l'industrie de la pêche au banc diffère complètement de ce qu'elle est pratiquée par les côtiers.
«En effet, tandis que le poisson pris au filet dans les pêcheries de la côte de Terre-Neuve ou des îles de Saint-Pierre et Miquelon est aussitôt séché sur les graves de ces îles par une partie de l'équipage laissée à terre, les morues prises à la ligne sur le Grand-Banc et les banquereaux sont salées à bord du bateau pour être ainsi rapportées en France et livrées à des industriels qui leur font subir la dernière opération.
«Mais ce qui caractérise surtout la pêche au banc, c'est que les navires côtiers, aussitôt arrivés à destination, sont désarmés et ancrés au fond des havres où ils trouvent un abri sûr pour toute la durée de la campagne ; la moitié de leur équipage reste continuelllement à terre pour préparer le poisson, et l'autre partie y entre tous les soirs pour se coucher dans les cabanes, ne se livrant à la pêche que quand l'état de la mer le leur permet, de sorte qu'ils ne courrent aucun danger. Sur les bancs, au contraire, le navire reste en pleine mer pendant toute la durée de la saison de pêche, exposé à tous les dangers que présentent ces parages.
«A moins de circonstances fortuites : de grosses avaries qu'il faut aller réparer à Saint-Pierre, le manque de sel ou l'impossibilité de se procurer de l'appât sur les fonds de pêche, beaucoup de navires ne quittent pas les bancs avant d'avoir terminé leur pêche ...
La campagne sur les bancs

p.94    «Après la guerre d'Amérique, on n'envoya plus sur les bancs que de tout petits bateaux d'une jauge moyenne de quarante à cinquante tonneaux ... Les départs n'urent plus lieu qu'en mars et avril, c'est à dire quand la saison du hareng était terminée en Manche. Le retour s'effectuant aussi plus tôt, vers la fin août ou le début de septembre.
Appâts pour "boetter" les lignes

p.95    Mquereaux salés, harengs et capelans, sardines, oiseaux de mer, crustacés et mollusques de toutes sortes.
«Nos marins ayanr reconnu que les morues étaient friandes de coquillages, en pêchaient pour "embecqueter" les hameçons.
Pêche errante

p.95-97    «Ce qui caractérise surtout cette longue période qui précéda la révolution, c'est l'usage exclusif de la méthode connue sous ne nom de "Pêche errante" avec des lignes de main que les hommes manoeuvraient du bateau tansdis que celui-ci dérivait sous l'action du vent et des courants : «Une fois arrivés sur le grand banc, ... les charpentiers travaillaient à faire un échafaud le long d'un des côtés du navire et en dehors. Ils posaient sur cet echafaud des tonneaux de la grosseur d'un demi-muid, et qui venait en hauteur jusquà la ceinture. Chaque pêcheur, chaudement vêtu, prenait alors place dans un de ces tonneaux avec un grand tablier apelé "cuirier" qui allait depuis la gorge jusqu'aux genous ; le bas du tablier se mettait par dessus le tonneau et en dehors pour faire en sorte qu'en tirant la morue, l'eau qui vient avec le poisson ne pénétrât point dans le tonneau. C'est de ce poste peu commode que le pêcheur laissait filer sa ligne ...
«Cette "ligne de main" consistait en une corde très forte, de la grosseur d'un tuyau de plume, longue de cent brasses et munie à son etrémité d'un plomb de huit à dix livres ; sur cette ligne principale et au dessus du plomb s'attachait une corde plus fine, appelée "empile" qui portai le "haim" ou hameçon.
p.95-97    Améliorations :
   - 1/ les barils sont installés dans le navire,
   - 2/ Un pavois de toile goudronnée protège les pêcheurs des intempéries.
p.99-101    La pêche : «Lorsque la morue avait mordu, le pêcheur la tirait à fleur d'eau et
   - la saisissait avec un petit crochet de fer appelé "gaffot",
   - lorsque le poisson étéit très gros, il se servait d'un filet à main, le "manet" ou "trouble",
   - il l'accrochait par derrière la tête à un instrument de fer, l' "élangueur",
   - lui arrachait la langue pour rendre compte de sa pêche,
   - retirait les entrailles s'il en avait besoin pour "boetter" sa ligne,
Le travail du poisson : Derrière les pêcheurs était disposée une grande table, sorte d'établi nommé "étal",
   - Un matelot appelé "étesteur", y déposait la morue et lui coupait la tête, (principale nouriture de l'équipage),
   - l'étesteur lui retirait le foie qu'il jetait dans la "foissière" (pour l'huile de foie de morue),
   - lui enlevait les oeufs ou "rogues" (salés à part pour servir d'appât aux pêcheurs de sardine en Bretagne),
   - passait la morue à l' "habilleur"
   - l'habilleur la fendait, la nettoyait dans une "baille" remplie d'eau de mer,
Dans la cale, la morue était passée au "saleur" pour lui donner le "premier sel".
«La pêche se terminait aux dernières heures du crépuscule, lorsqu'il n'était plus possible de distinguer les lignes.
p.101    «La pêche au moyen des lignes à la main était des plus fatigantes et des moins productives ; elle continua cependant jusque vers 1789.
Pêche à la ligne «dormante» ou «de fond»

p.101-102    «C'est le capitaine Sabot, de Dieppe, qui eut, le premier, l'idée de remplacer cet engin si peu commode par une "ligne dormante" ou "ligne de fond".
   - Le navire est mouillé sur le banc par un fort câble de chanvre au lieu de le laisser aller à la dérive,
   - Plusieurs pièces de lignes sont attachées bout à bout, et garnies de distance en distance d'empiles et d'hameçons boettés comme auparavant,
   - Le canot de bord porte à la mer ces lignes lovées dans un fond de barique,
   - Arrivé au bout, on attache une grosse pierre et une bouée,
   - On laisse séjourner la nuit dans l'eau,
   - Le lendemain on lève les lignes en les tirant du bord,
   - On répète l'opération plusieurs fois dans la journée.
Dès la première année, Sabo fit une pêche extraordinaire pour l'époque : deux fois il revint à Dieppe avec un chargement complet de "morues vertes". Plusieurs améliorations suivirent.
Les ports de la pêche au banc au XVIIIème siècle

p.103    «Les principaux ports qui armaient pour la pêche au banc au XVIIIème siècle étaient Dieppe, Saint-Varéry-en-Caux, Fécamp, Le Havre, Honfleur, Grandville, Saint-Malo, Nantes, La Rochelle, Bordeaux et Bayonne. «Aussitôt débarquée, la morue était triée et répartie en quatre catégories :
   - la "grande morue" ou poisson marchand, dont le cent devait peser 900 livres,
   - la "morue moyenne" dont le cent devait peser 600 livres,
   - la "petite morue" ou "raguet" qui ne pesait que 300 livres,
   - le "rebut" et les "lingues" et autres variétés que le commerce estimait moins que la morue.
Sécurité : Les phares et feux de côte

Pendant tout le Moyen-Age, et même après, très rares furent les points de signalisation de la côte la nuit.
[1773]    p.108    «En 1773, le roi, autorisa la Chambre de commerce de Normandie à construire plusieurs phares pour la sûreté des navigateurs.
«Après mûres délibérations, cette compagnie décida que pour répondre aux besoins généraux de la navigation, trois grands phares étaient absolument indispensables pour éclairer la côte :
   - La pointe de Barfleur, à l'extrémité de la presqu'île du Cotentin (1775),
   - La pointe de la Hève, près du Havre (1774),
   - La pointe d'Ailly, près de Dieppe (1775).
Les nouveaux phares furent éclairés à l'huile (et non au feu de bois comme les anciens).

Haut de page
↝ ↝ ↝ Navigation dans le site ↝ ↝ ↝

540

img/pe mer 201707-00.jpg