Michel Perrin - Mes maquettes    :    Persée

Annexe

Extraits de l'étude
«450 ans de pêche à la morue en France»
«Pêche morutière française
de 1500 à 1950» (S)


par Jacqueline HERSART de LA VILLEMARQUE
IFREMER (134 pages)


Dans cette page

     La «Grande Pêche» Où, Quand, Comment
     Les Bateaux du XVIème au XXème siècle
     Les Ports morutiers du XVIème au XXème siècle
     Activité estimée du XVIème au XXème siècle
     Répartition des morutiers selon les lieux de pêche en 450 ans
      Conclusion
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Note
Les citations et les tableaux ci-dessous sont des «raccourcis» tirés des textes et données de l'étude de l'auteur.
Ils permettent une lecture rapide des différentes facettes de
l'activité morutière de ces cinq derniers siècles en France.
Ils ne remplacent en aucun cas une lecture attentive des 134 pages de cette étude.

Cette page-annexe s'intéresse à la «Grande Pêche» vue côté France (comme l'étude dont elle est issue).
Elle vient en complément de celles consacrées à
«La fabuleuse histoire de la morue» de Marc Kurlansky, et
«La grande pêche à la morue à Terre-Neuve» d'Adolphe Bellet,
en évitant les redites.

La «Grande Pêche» Où, Quand, Comment

450 ans de pêche à la morue

Quand ? § Introduction p.9    «On estime que la succession historique des principaux types de pêche n'est pas indépendante des grandes tendances climatiques. L'essor de la pêche de la morue à Terre-Neuve à partir du XVIème siècle, correspond au déclin des sècheries bretonnes de poisson, à une extraordinaire abondance de morue autour de Terre-Neuve, mais aussi au désir de découverte d'autres lieux de pêche, voire d'autres terres...»
«Au XIIème siècle, les Basques traversent l'Atlantique à la poursuite de baleines et redécouvrent le Grand-Banc... »
«Au XIVème siècle, les Basques redécouvrent Terre-Neuve ... »
«Au XVème siècle, les Bretons et les Normands rejoignent les Basques ... »
«Vers 1550, les marins de Dunkerque s'aventurent en mer du Nord et retrouvent sur le Dogger Bank, la morue qui avait déserté la Manche »


Où ? § Les lieux de pêche : p.22 et 23    «Les découvertes des terre et les premières pêches de morue datent de la fin du XVème siècle.
On a donc appelé «Terres Neuves» ces terres nouvellement connues autour desquelles la morue était en abondance : les îles, les côtes et les bancs du Nord-Ouest atlantique ...»
Les principaux sites de pêche nos marins sont :
      Terre-Neuve avec son «Grand-Banc» la zone du «Platier» (profondeur 40 à 50m) ...
      Islande entourée de fonds de 200m de profondeur sur une largeur de 30 à 100km ...
      Dogger Bank plateau à 30 m de profondeur et 60 km² environ entre la côte anglaise et le Jutland ...
      Les îles Féroé plateau de 90 à 96 m au nord de l'Angleterre ...


Figure 1 - L'Île de Terre-Neuve p.8



Comment ? § Morue sèche et morue verte : p.21    «Pour pouvoir rapporter, en France, le poisson en bon état, il était nécessaire d'utiliser des techniques de conservation, efficaces, par le sel et par le séchage ...»

Pêche sédentaire ou Pêche à la morue sèche : «se faisait principalement Le long des côtes poissonneuses de Terre-Neuve. Depuis le navire ancré à la côte et charg& de sel, partaient des chaloupes avec trois hommes, pour pêcher le poisson à la ligne. A la fin de la journée, elles revenaient à terre débarquer le poisson sur "l'échafaud' ... Le poisson était alors découpé puis salé quelques jours, lavé et mis à sécher sur les grèves... “(par les «Graviers»)“»
«Les morutiers armant à la pêche sédentaire ne quittaient pas le port avant la mi-mars et les départs s'étalaient jusqu'en mai de façon à arriver dans les parages de Terre-Neuve quand les glaces étaient fondues et ne présentaient plus de danger.»

annexe

Pêche errante ou Pêche à la morue verte : «se faisait en pleine mer sur les bancs où le navire dérivait en permanence, on pêchait avec une ligne tendue à la main depuis le bateau ... A bord, le poisson était découpé, nettoyé, salé une première fois puis nettoyé et de nouveau salé abondamment, enfin rangé dans les cales pour le retour.»


«Les navires pêchant à la morue verte sont de tonnages compris entre 50 et 150 tonneaux, avec dix à quinze hommes à bord. Certains bateaux faisaient deux campagnes de peche par an. Les morutiers quittaient la France en général entre la mi-février et la fin juin, et pêchaient donc au printemps et en été...»

Pêche errante aux lignes dormantes : «Après 1780, on pratique la pêche aux lignes dormantes en utilisant une ligne de fond plombée, munIème de quinze à vingt hameçons garnis d'appas, qui reliait le navire à un chaloupe, celle-ci s'écartant et tendant ainsi la ligne.»

«Jusqu'à la Révolution de 1789, les deux sortes de pêche se sont pratquées séparément.
Dès la fin du XVIIIème siècle, apparût un armement pour ainsi dire "mixte" : pêche de poisson sur le Grand-Banc et sècheries à Saint-Pierre et Miquelon.
Au siècle suivant, la différence entre les deux armements s'atténue encore davantage. Les Français ont leur zone de pêche limitée au French Shore, sur les bancs, et à Saint-Pierre, la pêche aux bancs avec sècherIème à Saint-Pierre se développe considérablement. On ne fait plus guerre de distinction entre pêche errante et pêche sédentaire.»

“(Pêche au doris : Une variante de ces deux dernières, (non mentionnée dans l'étude) est la pêche au Doris : Une longue ligne de plusieurs centaines d'hameçons était établIème au large du navire maintenu à l'ancre. Elle était tendue par les deux hommes de chaque doris, entre deux floteurs lestés, et laissée à la pêche pendant quelques heures (une nuit). Les prises étaient remontées à bord du navire, nettoyées, salées et rangées dans les cales comme en pêche errante. Selon sa taille, un navire pouvait embarquer une dizaine de doris. )“


Autres considérations à lire sur le document d'origine :

§ Le climat au cours des siècles : p.63 à 66   

§ Hydrologie de l'Atlantique Nord-Ouest : p.66   

§ Influence du climat sur la morue et sur les pêches : p.67 à 72   
“( Le «Petit âge glaciaire» : Le graphe ci-dessous montre nettement l'influence sur la production de la période plus froide du XVIIème et début du XVIIIème siècle (moins 1° en hivers et moins 0,5° en été). )”


Figure 35 - Le nombre de morutiers et les températures au centre de l'Angleterre. Moyenne de 50 ans. p.68

§ Rôle des événements de société : p.73 à 76   
Figure 36 - Effet des guerres sur les départs en pĉhe des morutiers français p.73   

Les Bateaux du XVIème au XXème siècle


§ Les Flottes : p.25 à 27 «La pêche de la morue sèche et celle de la morue verte nécessitaient deux sortes d'armement. Pour l'une, des bateaux lourds avec de nombreux marins, pour l'autre des bateaux maniables et rapides avec un nombre réduit de marins car ils devaient avoir leur place le long des bords du bateau pour effectuer la pêche errante sur les bancs. La pêche reprenait donc à son compte les navires de l'époque qui étaient à la fois un héritage du moyen-âge et des nouveautés introduites à l'occasion des découvertes. »

Bateaux Caractéristiques 16è 17è 18è 19è 20è
Brigantins De charge, fond plat, deux mâts (w) * *
Caravelles deux ou trois mâts, adaptées à la haute mer (w) *
Chalutiers à vapeur (w) *
Dogres de charge jusqu'à 150 tx sur Dogger Bank (w) *
Flibot Hollandais, deux mâts (w) *
Flutes Hollandais de charge, trois mâts (w) *
Frégates Bonne vitesse, trois mâts (w) *
Galiotes Fond plat, deux mâts (w) *
Goélettes Deux, trois ou quatre mâts, voiles auriques (w)
Goélettes à hunier (w)
Brick-Goélettes (w)
Goélettes islandaise et paimpolaises (w)
* * *
Heux Fond plat, un mât *
Hourques Navires de charge, trois mâts, lents (w) *
Pinasses en pins (w) * *
Roberges deux mâts (s) *
Sénaux deux mâts, 100 à 170 tx (w) *


Les Ports morutiers du XVIème au XXème siècle


Evolution des ports : p.27 à 31    «Au cours des siècles, de très nombreux ports français ont armé à la morue. Au XVIème siècle, au moment où se produit une poussée formidable vers les Terres-Neuves, presque tous les ports de la Manche et de l'Atlantique ont participé à la pêche. Le premier acte de l'armement était de construire ou de faire construire un navire et on a dit que, entre le XVIème et le XVIII siècle, il y avait autant de genres de navires que de Port d'armement. Malgré cela, de grandes familles de morutier se sont précisées au cours du temps. »

Figure 3 - Les principaux ports morutiers français de 1500 à 1950. p.20   

Tableau 11 - Evolution de l'activité des ports morutiers français de 1500 à 1950. p.78   

Abréviations :
      T-Nve = Pêche à Terre-Neuve,
      Islde = Pêche en Islande,
      MdN = Pêche en Mer du Nord - Dogger Bank,
      P-Séd = Pêche sédentaire ou à la morue sèche (1)
      P-Err = Pêche errante ou à la morue verte (2)
      P-S-E = Pèche sédentaire et Pêche errante,
      nnnnn = nombre des départs des navires pendant le siècle (parfois estimé)
      / = Désengagement ou fin d'activité morutière
      Comm = Port de commerce : Réacheminement vers d'autres consommateurs,
      CT = Commerce triangulaire avec les Antilles
      Guerres du XVIIIème = de succession d'Espagne, d'Autriche, de sept ans, d'indép. américaine, Révolution française


Manche
Ports XVIème XVIIème XVIIIème XIXème XXème Periode
d'activité
soutenue
Graph
Dunkerque T-Nve
Islde
P-Err
73
Islde
P-Err
2325
Islde
8037
#550
/
1730-1900 14 18
Gravelines Islde
MdN
751
#550
/
1875-1914
Boulogne T-Nve
Islde
MdN
957
1850-1910
Dieppe T-Nve T-Nve
Comm
149
T-Nve
Islde
MdN
887
#550
/
1775-1880
Fécamp P-Err
T-Nve
149 T-Nve
Islde
MdN
2.158
1.584 1820-1939 20
Le Havre P-Err
T-Nve
P-Err
598
T-Nve
278
77
/
1660-1730
Honfleur P-Err
T-Nve
121
Islde
T-Nve
P-S-E
1004
1550-1690
1710-1789
9
Rouen T-Nve
336
/
676
1500-1599
Cherbourg T-Nve
Régnéville T-Nve
Grandville T-Nve
12
T-Nve
P-S-E
156
P-Err
P-Séd
1203
T-Nve
Islde
2738
#550
/
1730-1914 11 19

Bretagne
Ports XVIème XVIIème XVIIIème XIXème XXème Periode
d'activité
soutenue
Graph
Saint-Malo T-Nve
4
T-Nve
P-S-E
1.786
T-Nve
P-Err
P-She
3.426
T-Nve
3.797
2.543 1600-1914 11 22
Cancale T-Nve
150
#550
/
1890-1914
Saint-Brieuc
Binic
T-Nve T-Nve T-Nve
233
2.452 #550
/
1760-1914
Paimpol T-Nve
4
Islde
2.002
#550
/
1830-1930

Côte atlantique
Ports XVIème XVIIème XVIIIème XIXème XXème Periode
d'activité
soutenue
Graph
Nantes T-Nve
P-Séd
T-Nve
P-Err
CT
169
/
Comm
59
/
1650-1730
Olone T-Nve
108
T-Nve
P-Err
165
P-Err
498
10
/
1700-1789
La Rochelle T-Nve
P-S-E
268
T-Nve
P-Séd
CT
100
Comm
CT
80
T-Nve
31
1905-1939
Bordeaux T-Nve
195
T-Nve
P-Séd
Comm
CT
100
Comm
CT
78
Comm
34
228 1905-1930/td> 8

Pays basque
Ports XVIème XVIIème XVIIIème XIXème XXème Periode
d'activité
soutenue
Graph
Bayonne
St Jean-de-Luz
T-Nve
P-Séd
T-Nve T-Nve
625
T-Nve
129
/
1740-1850 16

Méditerranée
Ports XVIème XVIIème XVIIIème XIXème XXème Periode
d'activité
soutenue
Graph
Marseille T-Nve
Comm
Comm /


Evolution des ports (Périodes récentes des XIXème et XXème siècles) : p.31   

« . . . Le XIXème siècle est la période de grande activité morutière de l'ensemble des ports de la Manche.
«De Dunkerque, grand port morutier essentiellement islandais, partent selon nos chiffres 2 683 bateaux entre 1800 et 1850 et 5 354 au cours de la seconde moitié du siècle soit au total 8 037 morutiers, ce qui met ce port au premier rang de tous les ports morutiers français de ce siècle.
«Boulogne, Fécamp et Dieppe ont également une activité morutière très productive, que ce soit vers TerreNeuve, l'Islande ou la mer du Nord. Boulogne envoie 957 morutiers en pêche, Fécamp : 2 158 et Dieppe 887 au cours du XIXème siècle.
Les ports de la mer du Nord confirment donc une activité morutière prospère et la guerre de 1870 ne semble pas avoir affecté les armements de ces ports.
Les ports de la Manche ont aussi un volume de pêche très important.
«Granville envoie 2 738 bateaux en pêche en Islande et sur les bancs de Terre-Neuve, doublant ainsi sa flotte morutière du siècle précédent.
«Saint-Malo maintient un nombre de départs importants pour Terre-Neuve et Saint-Pierre-et-Miquelon, que l'on estime à 3 797 pour le siècle, soit un peu plus qu'au XVIIIème siècle.
«Saint-Brieuc passe de 233 départs en pêche au siècle dernier à 2 452 au XIXème siècle soit dix fois plus, ce qui permet d'estimer l'effort de pêche considérable imputable à cette région.
«Paimpol, port morutier très récent, envoie 2 002 bateaux en Islande, se hissant en quelques décennies au niveau des grands ports morutiers.
«Le XIXème siècle est donc caractérisé par une augmentation du nombre des départs en pêche sur le French Shore de Terre-Neuve, Saint-Pierre-et-Miquelon, l'Islande, la mer du Nord, pour les huit ports conservant une forte activité morutière. Sept ports relativement importants périclitent ou abandonnent la pêche de la morue, et deux nouveaux ports se montrent particulièrement dynamiques à la fin du siècle.

«Au XXème siècle, la France doit se résigner en 1904 à abandonner ses droits séculaires sur le French Shore de Terre-Neuve.
Les seules zones de pêche désormais possibles restent Saint-Pierre-et-Miquelon, les Bancs, l'Islande et la mer du Nord.
De nombreux ports, jusque là prospères et qui témoignent depuis le début du siècle d'une forte activité morutière, abandonnent cette activité à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Ainsi, Dunkerque, Gravelines, Dieppe, Granville, Cancale, Saint-Brieuc et Paimpol, qui totalisent en quarante ans 4 064 départs en pêche, arrêtent la pêche à la morue dès le début de cette guerre.
Trois ports reprennent leur commerce morutier après 1944 alors que celui-ci avait été nul depuis 1939, il s'agit de
Fécamp qui totalise 1 584 départs jusqu'à 1950,
Bordeaux avec 228 départs en pêche,
Saint-Malo reste, avec 2 543 départs, le plus important port morutier de France au XXème siècle.

Activité estimée de la période 1500 à 1950


Deux tableaux pour se faire une idée de la progression de l'activité morutière en France :
      Le 1er est issu de chiffres explicites du paragraphe «Pêches globales de 1500 à 1950»
      le 2ème est le résultat de recalculs des données contenues dans les tableaux de l'activité annuelle


§ Pêches globales de 1500 à 1950 p.34 à 38   
Siècles Volume
en
tonneaux
Production
en
tonnes
XVIème 79.157 108.391
XVIIème 499.560 484.573
XVIIIème 1.118.208 1.084.662
XIXème 2.974.255 1.370.738
1900-1950
26 ans
1.415.499 2.122.275

Figure 6 - Nombre de morutiers français partis en pêche de 1500 à 1950 p.35,

§ Production par siècle et par port p.38 à 56     « »

Recalculs à partir des tableaux d'activité annuelle
Tableaux : 3 p.13, 4 p.14, 5 p.15, 6 p.36, 7 p.37
Les chiffres de certaines années n'étant pas connus, les tableaux d'origine de l'étude sont incomplets.
Les chiffres ci-dessous sont le résultat du calcul :      Moyennes des années connues X 50.
Ils ne donnent donc qu'une idée théorique des progressions demi-siècle par demi-siècle de l'industrIème de la pêche.
Ils cachent en particulier les phénomènes «dents de scie» et les déplacements géographiques de cette activité.


Périodes Moyenne
annuelle
des départs
connus
Nombre
estimé
des
départs
Volume
estimé
en
tonneaux
Production
estimée
en
tonnes
Réf.
page
1500-1549 10,13 506 14.035 46.954 p.13
1550-1599 22 1.102 92.703 103.271 p.13
XVIème 1.608 106.738 150.225
1600-1649 29.59 1.479 103.839 167.315 p.14
1650-1699 76.29 3.813 324.118 421.183 p.14
XVIIème 5.292 427.957 588.498
1700-1749 61.66 3.083 279.930 433.163 p.15
1750-1799 166,46 8.323 570.369 1.248.641 p.15
XVIIIème 11.406 850.299 1.681.804
1800-1849 275 13.759 1.183.465 367.208 p.36
1850-1899 403,3 20.165 2.210.403 1.100.264 p.36
XIXème 33.924 3.393.868 1.467.472
1900-1950 230 11.500 92.259.170 2.369.111 p.37
Unités : 1 quintal (unité ancienne) = 48,5kg ; 1 tonneau = 20 quintaux = 48,5 x 20 = 970kg

Répartition des morutiers selon les lieux de pêche en 450 ans


Captures par lieu de pêche p.57 et 58    
«Terre-Neuve ... »
«Islande ... »
«Saint-Pierre et Miquelon ... »
«Mer du Nord et Dogger Bank ... »
«Groenland ... »

Tableau tiré du graphique figure 24 p.58 et 58
Lieux de pêche Figure Nombre de
Morutiers
Période
Terre-Neuve 25 32.000 Progression en dents de scie, lente mais constante
sur toute la période - apogée 1820-1920
St-Pierre
Miquelon
5.000
Islande 26 17.500 A partir de 1760, apogée 1840-1920
Mer du Nord 27 3.000 1880-1914
Groënland 28 500 1930-1940

Figure 24 - Répartition des morutiers selon les lieux de pêche en 450 ans. p.58   

Conclusion

Conclusion de l'étude de Jacqueline HERSART de LA VILLEMARQUE p.77 et 79   

Conclusion

          « Depuis le XVIème siècle, la pêche de la morue a été, selon les époques, une activité économique pionnière puis une activité de premier ordre au XVIIème et surtout XVIIIème siècle ; elle reste encore importante au XIXème siècle, mais décline de plus en plus au XXème siècle.
          « Entre l'apogée de l'Ancien Régime et la période récente se sont écoulés des siècles où l'évolution de la flotte morutière a permis de passer de la pêche à la ligne depuis le navire au chalutage des chalutiers modernes.
          « Sous l'Ancien Régime, pour une pêche totale évaluée à 56 000 tonnes métriques, il fallait 350 navires et 10 000 hommes.
De nos jours on parvient à cette même quantité avec 29 navires et 1 600 hommes (La Morandière, 1966).
Ces simples chiffres montrent qu'un monde sépare ces deux époques, mais aussi que la pêche morutière a été une réalité économique majeure en France.

          «Elle a influé sur 3 points :
«- Sur les types de navires, qui sont passés des navires de charge à des navires plus rapides en liaison avec les possibilités des sècheries sur Terre-Neuve et en raison des deux types de pêche : morue sèche et morue verte.
Ainsi, les premiers morutiers lourds : heux, hourques, dogres, roberges, utilisés pour la pêche sédentaire se sont améliorés pour devenir les flutes, les galistes, les senaux.
Les bateaux plus rapides, tels que caravelles, pinasses, frégates et brigantins utilisés en pêche à la morue verte se sont tranformés en goélettes du siècle dernier. Elles-mêmes cédant le pas aux chalutiers à vapeur et aux chalutiers à propulsion mécanique.
«- Sur le recrutement des marins pour la marine de guerre des XVIIème et XVIIIème siècles.
Les pêcheurs de morue de Terre-Neuve étaient la principale source de recrutement de marins expérimentés en cas de guerre.
Les hommes étaient donc fortement incités à partir sur les morutiers d'une part, pour rapporter du poisson, d'autre part pour servir sur les navires du Roi et de l'Etat.
«- Sur le développement des ports, certains devant leur richesse essentiellement à leur activité morutière tels que Saint-Malo, Dunkerque, Fécamp, Bordeaux, mais aussi, périclitant lorsque celle-ci s'est arrêtée, tels que les Sables d'Olonne, Saint-Brieuc/Binic, Granville, Gravelines, Paimpol.
D'autres ports sont restés actifs grâce à la reprise d'une autre forme de pêche ou de commerce comme à Nantes, le trafic avec les Antilles et le commerce triangulaire.

          « Ainsi, de la cinquantaine de ports morutiers du XVIème siècle d'importance variable, il ne reste, en 1950, que quatre ports d'activité morutière :
Saint-Malo qui a la plus longue tradition terreneuvienne, Fécamp, Bordeaux port de décharge et La Rochelle avec deux morutiers.
Au cours des siècles, ces pêches ont été liées à de nombreux facteurs humains ou naturels influençant plus ou moins leur rendement.

          « Certains facteurs ont joué un rôle négatif :
«- l'inadaptation primitive des navires du XVIème et XVIIème siècle, ceux-ci ayant, par la suite évolué vers des navires mieux armés pour cette pêche,
«- le rôle des taxes plus ou moins élevées sur les débarquements de morue dans les ports, a été assez important à certaines époques.
Les fortes taxes, notamment à Nantes et à l'entrée de Paris au XVIIIème siècle, ont eu un rôle dissuasif sur les départs à Terre-Neuve.
«- le commerce avec les Antilles, attractif et plus lucratif que celui de la morue, a provoqué le déclin,
«- les nombreuses guerres du XVIIème et du XVIIIème siècle ont chaque fois, donné un coup d'arrêt à la pêche à cause de la destruction de navires, du blocage des ports, du pillage des havres puis de la perte de nombreux lieux de pêche tels Terre-Neuve, le Canada, la Nouvelle-Ecosse, la Nouvelle-Angleterre (tab. 10),
«- le "petit âge glaciaire" a sévi pendant deux siècles, de 1650 à 1850.
Il n'a pas été possible d'aller pêcher en Islande, aux Féroé ou autour de Terre-Neuve pendant de nombreuses saisons à cause des icebergs, des ouragans et de la longue présence des glaces.
«- le manque de connaissances hydrologiques et les contraintes climatiques ont fait que les campagnes de pêche se sont déroulées en été.
Ceci permettait aux morutiers de traverser l'Atlantique à la fin du printemps, de pêcher pendant la belle saison en évitant les risques des glaces et des icebergs et de revenir dès fin août en France.
Malheureusement, la période optimale climatique ne correspondait pas à la meilleure époque de pêche de la morue qui se situe à la fin de l'hiver et au début du printemps,
«- la méconnaissance du comportement de la morue et de sa physiologie, qui lui fait préférer une eau de 3° à 5°, "l'eau de morue", et fuir les eaux plus froides ou plus chaudes, n'a pu qu'induire des "constatations" de bonnes ou de mauvaises pêches.

          « Par contre, d'autres facteurs ont eu une action positive sur le rendement des pêches de morue :
«- l'amélioration de la construction navale par la diversification des navires pour chaque type de pêche : morue sèche ou morue verte et la construction de bateaux plus maniables et rapides ont permis de meilleures captures,
«- les encouragements des gouvernements successifs de l'Ancien Régime par des primes, l'abaissement de taxes sur le sel, les encouragements à l'armement après 1750 en vue d'avoir une marine expérimentée indispensable en cas de guerre, les taxes frappant les morues de pêche étrangère sont autant d'actions positives,
«- la politique commerciale très active de nombreux ports qui vont décharger leur cargaison en Italie, Espagne, Portugal, Antilles,
«- le refroidissement général du "petit âge glaciaire" de 1550 à 1800 environ, qui a vraisemblablement engendré des conditions hydrologiques favorables à la reproduction, la croissance et l'abondance des morues autour de Terre-Neuve, à la limite de la banquise.

          « Tous ces facteurs négatifs et positifs sont interdépendants, se sont superposés ou suivis, et selon les époques, certains ont eu un rôle plus dominant que d'autres. Il est cependant certain que les périodes de guerre ont eu une action majeure négative et que le climat, vis-à-vis des actions humaines a eu lui aussi un rôle négatif. Cependant, son impact est nettement reconnu dans la pêcherIème du Groenland, productive de 1929 à 1950, issue d'une migration des morues de la pêcherIème d'Islande vers des eaux qui leur étaient devenues favorables à ce moment là.

          « En dehors de la pêcherIème du Groenland, il est difficile d'estimer le rôle du climat seul. En effet, des données hydrologiques inexistantes et des données climatiques assez peu précises concernant la zone de Terre-Neuve au cours des siècles anciens, ne permettent pas d'attribuer un rôle majeur du climat dans les fluctuations historiques de la pêche à la morue.


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